Avec 600 000 mètres carrés de terrains industriels, le groupe de céramique Lecico (sanitaires et carrelage) emploie 6 500 personnes en Égypte.

Pendant la guerre, la dévaluation de la livre permettait encore à l’usine libanaise d’exporter dans les pays du Golfe et en Irak. Perdant cet avantage avec l’indexation de la livre au dollar dans les années 1990, Lecico Liban s’est spécialisée dans le haut de gamme et les produits complémentaires et exporte aujourd’hui près d’un sixième de sa production.
En Égypte, c’est plus de la moitié de la production de sanitaires qui est exportée en Europe occidentale, notamment au Royaume-Uni. Mais l’avantage en termes de coûts de l’énergie va s’estomper à terme, avec la baisse amorcée des subventions. « D’ici à cinq ans, les prix du gaz et du diesel oil en Égypte vont s’aligner aux prix internationaux. Mais l’industrie va s’adapter. Les producteurs devront augmenter leurs tarifs sur le marché local et réduire leurs marges à l’export pour rester compétitifs. »
Fondamentalement, pour Georges Ghorayeb, les parcours inverses des entités libanaise et égyptienne ne s’expliquent pas par la structure des coûts, mais par l’environnement dans lequel elles ont évolué. « Contrairement au Liban, l’Égypte a une vraie politique de soutien à l’industrie », souligne-t-il. Pour illustrer ses propos, il cite l’exemple de la réaction des deux pays au dumping pratiqué par la Chine, l’un des plus grands fabricants de céramique au monde. « Avec un marché interne d’environ 1,4 milliard de consommateurs, les producteurs chinois se permettent de vendre à l’étranger à un prix inférieur à leur coût. » Lecico a déposé sur cette base deux plaintes différentes, l’une au Liban et l’autre en Égypte. La réaction du ministère égyptien de l’Économie a été de dépêcher une délégation en Chine, qui a constaté que les coûts représentaient deux fois et demi le prix pratiqué à l’export. Le Caire a donc imposé des droits de douane de 250 % et des restrictions à l’importation de produits chinois. « Au Liban, le ministère nous a demandé de lui fournir les coûts de 750 producteurs en Chine, ce que nous n’étions évidemment pas en mesure de faire ! Je ne suis pas contre l’ouverture des marchés, précise Georges Ghorayeb. Mais à condition que la concurrence soit loyale. Or, le Liban a unilatéralement libéralisé son économie à partir de 1993 sans même adhérer à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui garantit le respect des règles de concurrence. »