
Si Mona Khoury a fait carrière dans l’univers feutré de la banque, c’est presque malgré elle : « J’ai fait des études d’économie à l’AUB pendant la guerre civile. J’imaginais une carrière de chercheur. Mais les choix étaient alors limités. Je suis entrée dans le domaine bancaire, à la Fransabank, pour ne plus en changer. » “Simple agent”, chargée de mener des études statistiques, elle intègre vite la direction centrale. « Ce qui m’a permis d’arriver là où j’en suis aujourd’hui ? Mon implication. Il ne faut pas se leurrer : s’intégrer dans la banque, qui était alors davantage que maintenant un univers d’hommes, exige de vous un professionnalisme de tous les instants. » En filigrane, on sent les “petits bonheurs” auxquels elle a aussi renoncé : « Disons que ma vie professionnelle a été suffisamment captivante pour que j’accepte que d’autres aspects l’aient moins été. » Honnête, elle reconnaît également que son parcours s’est construit à l’ombre d’un homme, son “patron” qui l’a prise sous son aile. « On ne peut pas démarrer si quelqu’un ne croit pas en vous, ne vous pousse pas à donner plus. En même temps qu’il évoluait, j’évoluais moi-même. » Une leçon qu’elle applique à son tour : « Remarquer le potentiel de certains fait partie des fonctions d’un dirigeant. Aujourd’hui, je suis plusieurs collaborateurs, dont des femmes. »
Mona Khoury rejoint ensuite la division internationale dont elle prendra la tête quelques années plus tard. Elle développe les relations de la banque avec en particulier ses intermédiaires étrangers. « Un vrai défi quand on se remémore la situation du Liban à l’époque et nos problèmes géopolitiques. » Beaucoup de voyages, de rencontres entre banques américaines ou européennes pour convaincre et persuader ses intermédiaires de lui faire confiance… Puis, en 2014, elle est nommée à la tête du département de gestion des risques du groupe Fransabank. « Je me suis donné deux ans pour mettre ma vision de la gestion du risque en œuvre : pour moi, cela ne se résume pas à appliquer des normes réglementaires. Il s’agit aussi de s’assurer continuellement que la culture du risque est intégrée dans le quotidien de chaque agent. Et ainsi permettre à la Fransabank d’évoluer en fonction de la stratégie qu’elle se fixe. » Où se verrait-elle dans dix ans ? Sourire. Silence. Elle sait qu’au-dessus les places sont rares. Mais ce n’est sans doute pas une réalité qui l’effraie.