Avec l’immobilier en berne, les cimentiers accusent le coup. La SCL avait le choix entre accumuler des pertes et assainir l’entreprise.

Sous la houlette de Dominique Drouet, son nouveau directeur général, en poste depuis moins d’un an, la Société des Ciments Libanais se restructure en profondeur. Avec, à la clé, un effectif qui a diminué de moitié, passant de 750 personnes en 1999 à 380 aujourd’hui.
Cette mesure, adoptée dans le but de réduire les coûts, accompagne le démarrage du nouvel équipement de la cimenterie, le “four n° 7”, lancé en 1999 et payé 170 millions $. Il couvre aujourd’hui la totalité de la production et répond aux nouvelles normes techniques, mais également écologiques.
Créée en 1929, la SCL était à l’origine le fruit d’une collaboration entre le patriarcat maronite et un cimentier français, qui ont décidé d’installer l’usine sur le sol propice de Chekka afin de contribuer à créer des emplois dans la région du Nord.
En 1932, c’est le groupe suisse “Holderbank”, premier cimentier mondial, qui a remplacé le cimentier français pour devenir l’actionnaire majoritaire de la SCL jusqu’à ce jour. La société est cotée à la Bourse de Beyrouth, ce qui lui a permis de lever des capitaux importants. Avec une valeur de 0,35 $ par action environ (en octobre), «les actions de la SCL demeurent sous-évaluées et offrent donc un potentiel intéressant», nous indique un courtier de la place.

Toujours le numéro 1

Avec un chiffre d’affaires de 83 millions $ en 1999 (110 millions $ en 1998), la SCL est, depuis sa création, le premier producteur de ciment au Liban. Le volume de sa production, qui atteignait 1 170 000 tonnes en 1999, suit cependant la tendance baissière du marché.
Ainsi, l’usine ne tourne pas à sa pleine capacité, qui est de 5 800 tonnes/jour, soit environ 2 millions de tonnes par an, rien que pour le four n° 7. Une capacité qui permettrait à la cimenterie de couvrir à elle seule les besoins du marché libanais, évalués aujourd’hui à près de 2,4 millions de tonnes par an. Avec un peu plus de 40 % de part de marché, la SCL se partage le secteur avec les deux autres producteurs : “La Cimenterie Nationale” et “Les Ciments de Sibline”.
Malgré la baisse du marché, le taux de consommation annuel de ciment au Liban reste élevé avec environ 625 kg de ciment par tête d’habitant, à comparer par exemple au taux de consommation de la France (350 kg par habitant). On est loin des pics atteints voici quelques années, lorsque la consommation atteignait 4 millions de tonnes par an (soit près d’une tonne par tête d’habitant).
Mais, sous peine de voir le Liban transformé en un amas de béton, «il est illusoire de croire que la consommation peut augmenter. Le niveau atteint aujourd’hui est un niveau “normal”, standard, qui va encore se stabiliser», confirme M. Drouet, fort d’une grande expérience internationale dans ce domaine.
C’est dans cette optique que la SCL cherche aujourd’hui à améliorer sa compétitivité afin d’augmenter ses exportations. Jusqu’à ce jour, ses ventes à l’étranger étaient presque inexistantes. En 2000, grâce à la compression des coûts de production et de fonctionnement, la SCL est parvenue à exporter 200 000 tonnes de ciment vers de nombreux pays, dont l’Espagne et Saint-Domingue. «Mais le ciment libanais reste encore beaucoup trop cher par rapport aux autres pays, et il est très loin d’être compétitif», indique le directeur de la SCL.
Au Liban, le prix de vente du ciment s’est stabilisé à 68 $/tonne départ usine, soit presque 100 LL/kg, ce qui en fait «le produit le moins cher qui puisse exister !». Les principaux acheteurs appartiennent désormais au secteur privé. Il s’agit des producteurs de béton prêt à l’emploi pour le ciment en vrac et des entrepreneurs, des négociants et des fabricants de blocs pour le ciment en sac.
La SCL compte bien poursuivre sa lancée. «Nous prévoyons pour les 2 à 3 prochaines années des investissements industriels et techniques pour quelque 10 millions $, mais on s’investit également à fond dans une réflexion sur la protection de l’environnement». Pour cela, la société possède désormais toutes les capacités techniques de traitement et de valorisation des ressources existantes. Une politique de l’environnement qui sera aussi bien profitable pour le site que pour la société elle-même.