Un article du Dossier
Le Liban dilapide son eau
Alors que le Liban connaît une pluviométrie irrégulière avec de longues périodes de sécheresse, la construction de barrages est la solution privilégiée par les autorités publiques pour combler le déficit en eau du pays. Une stratégie contestée par de nombreux acteurs de la société civile qui soulignent les risques environnementaux inhérents à ces infrastructures.

La société civile n’est également pas unanime. De nombreuses associations de protection de l’environnement pointent du doigt les risques environnementaux et sociaux qu’engendreraient ces barrages.
Des projets controversés
IndyAct tout comme Green Line, des associations écologiques libanaises, se présentent comme de véritables opposants à la politique du gouvernement en matière de gestion de l’eau. Elles mettent en garde les autorités publiques contre les risques sociaux et environnementaux qui découleront de la construction des 18 barrages prévus. Car la construction d’un barrage bouleverse inévitablement les écosystèmes situés en amont et en aval de l’ouvrage (désertification, disparition de certaines espèces). Mais aussi les populations qui devront être expropriées, puis relogées pour permettre la construction du barrage. De plus, la configuration des sols au Liban ne semble pas favorable à la construction de barrages. « Les sols au Liban sont karstiques, donc perméables, et favorisent des infiltrations, ce qui fait qu’une partie de l’eau n’est pas retenue, mais absorbée. Il existe des mécanismes pour résorber ces contraintes, mais ils sont très coûteux », explique Roland Riachi, doctorant à l’Université de Grenoble, qui prépare une thèse sur l’économie de l’eau au Liban. Les associations écologiques pointent aussi les failles des barrages existants. « Comme les eaux usées sont déversées dans les rivières, l’eau qui est stockée dans les barrages est particulièrement polluée. Le lac de Qaraoun est devenu un vrai cloaque », affirme Waël Hamdan, directeur de l’association IndyAct. Elles considèrent enfin qu’il existe d’autres priorités avant de penser à construire des barrages. « Il faut sensibiliser les Libanais aux économies d’eau, mieux récupérer les eaux de pluies, et recycler les eaux usées dans des petites et moyennes usines de traitement », estime Waël Hamdan.
Les associations écologistes estiment qu’il serait préférable d’améliorer l’exploitation de certaines sources pour le moment totalement négligées et proposent certaines solutions à petite échelle. « Il vaut mieux exploiter les nombreux réservoirs qui existent dans les montagnes pour capter les eaux souterraines et développer davantage les lacs collinaires, comme cela a été fait par exemple dans la Békaa, plutôt que de construire de grands barrages », explique Ali Derwiche, le secrétaire général de Green Line. Les lacs collinaires sont des retenues créées par de petits barrages en terre, qui peuvent contenir quelques dizaines de milliers à un million de mètres cubes d’eau recueillie sur des bassins versants d’une superficie de quelques hectares à des kilomètres carrés. Les arguments défavorables à la construction des barrages ne semblent pas remettre en cause la détermination du ministre aujourd’hui qui a conclu son intervention du 9 décembre en affirmant que si le secteur privé refuse de participer, « l’État devra entièrement prendre en charge la construction de ces barrages, vitaux pour l’économie du pays ». Reste à savoir quelle sera la politique en la matière du prochain gouvernement.